Vous vous promenez tranquillement en automne et soudain, une odeur nauséabonde vous prend à la gorge. En regardant autour de vous, vous repérez un magnifique arbre aux feuilles en éventail doré : un ginkgo biloba. Étonnant, non ? Ce bel arbre, considéré comme un fossile vivant, peut dégager une odeur particulièrement désagréable à certaines périodes de l'année. Explications.
L'odeur du ginkgo : d'où vient-elle vraiment ?
Le ginkgo pue, c'est un fait connu de nombreux citadins qui vivent près de ces arbres. Mais attention : ce n'est pas l'arbre en lui-même qui sent mauvais, c'est son fruit. Plus précisément, c'est la pulpe qui entoure la graine qui, en se décomposant au sol, libère des composés chimiques proches de l'acide butyrique — la même substance responsable de l'odeur du beurre rance ou du vomi.
Cette odeur ginkgo si caractéristique apparaît principalement en automne, lorsque les fruits tombent des arbres et commencent à se décomposer sur les trottoirs. Plus ils restent longtemps au sol, plus l'odeur devient forte et persistante, surtout par temps chaud et humide qui accélère la décomposition.
Ginkgo mâle et ginkgo femelle : la clé du mystère
Pour comprendre pourquoi certains ginkgos sentent mauvais et d'autres non, il faut s'intéresser à la biologie de cet arbre. Le ginkgo biloba est une espèce dioïque, ce qui signifie qu'il existe des individus mâles et des individus femelles distincts, chacun portant ses propres fleurs.
Le ginkgo mâle
Le ginkgo mâle ne produit aucun fruit. Il porte uniquement des fleurs mâles sous forme de petits chatons qui libèrent du pollen au printemps. C'est cette absence totale de fruits qui en fait l'arbre à privilégier en milieu urbain : pas de fruits, donc pas d'odeur nauséabonde à gérer sur les trottoirs.
Le ginkgo femelle
Le ginkgo femelle, lui, produit des ovules qui, une fois fécondés par le pollen transporté par le vent, se transforment en fruits. C'est donc uniquement cet arbre qui est responsable des odeurs désagréables observées en automne. Malheureusement, il est impossible de distinguer un ginkgo mâle d'un ginkgo femelle avant l'âge adulte (environ 20 à 30 ans), ce qui explique pourquoi certaines villes se retrouvent avec des sujets femelles plantés par erreur dans leurs rues.
Le fruit du ginkgo : un ovule, pas vraiment un fruit
D'un point de vue botanique, le fruit ginkgo n'est pas un véritable fruit au sens strict, puisque le ginkgo n'est pas une plante à fleurs (angiosperme) mais un gymnosperme, un groupe plus proche des conifères. Ce que l'on appelle communément « fruit » est en réalité un ovule charnu, de couleur jaune-orangé, ressemblant à une petite mirabelle ou à une prune.
Sa structure se compose de trois parties :
- La sarcotesta : l'enveloppe extérieure charnue et malodorante, responsable de l'odeur
- La sclérotesta : la coque dure qui protège l'amande
- L'amande : la graine comestible, très appréciée dans la cuisine asiatique une fois cuite
En Asie, notamment au Japon et en Chine, cette graine (appelée « ginnan ») est consommée grillée ou dans certains plats traditionnels, une fois débarrassée de sa pulpe odorante.
Pourquoi cette odeur si particulière ?
La pulpe du fruit contient de l'acide butyrique et de l'acide hexanoïque, deux composés naturellement présents dans de nombreux organismes en décomposition. Cette odeur remplirait en réalité une fonction évolutive : elle aurait attiré, il y a des millions d'années, des animaux aujourd'hui disparus capables de disperser les graines après ingestion. Le ginkgo biloba étant une espèce extrêmement ancienne (plus de 200 millions d'années), certains de ses mécanismes de reproduction sont des vestiges d'un écosystème disparu.
Comment limiter les nuisances olfactives ?
Si vous avez un ginkgo femelle dans votre jardin ou près de chez vous, quelques gestes simples permettent de réduire la gêne :
- Ramasser les fruits rapidement, avant qu'ils ne se décomposent au sol
- Porter des gants lors de la collecte, car la pulpe peut irriter la peau
- Composter les fruits à distance des zones de passage
- Planter uniquement des sujets mâles, identifiables en pépinière grâce à des clones certifiés, pour toute nouvelle plantation
D'ailleurs, dans de nombreuses villes, les services d'espaces verts privilégient désormais exclusivement des ginkgos mâles clonés pour l'arborisation urbaine, justement pour éviter ce problème récurrent chaque automne.
En résumé
L'odeur désagréable associée au ginkgo biloba ne vient pas de l'arbre lui-même, mais spécifiquement des fruits produits par les sujets femelles une fois tombés au sol et en décomposition. Le ginkgo mâle, quant à lui, reste totalement inodore puisqu'il ne fructifie pas. Un détail botanique essentiel à connaître avant de planter cet arbre magnifique et résistant, véritable trésor vivant de notre patrimoine végétal.